Des îles, des rivières et des toponymes

Le père Paul Le Jeune, Jésuite de Nouvelle-France, écrit en septembre 1636 dans les Relations des Jésuites, suite à un voyage avec le Gouverneur de Montmagny :

De toutes les îles que nous vîmes là, il n’y en a que deux ou trois remarquables; le reste est petit, et à mon avis, est noyé au printemps. Voici comme les îles sont coupées: le grand fleuve S. Laurent baigne la terre d’un de nos Messieurs, du côté du sud; traversant au nord, il fait deux îles, l’une qui a peut-être une lieue et demie de long, mais elle est fort étroite; l’autre, c’est la grande île, nommé de Montréal.

La première île sans nom est l’île Saint-Hélène. Était-elle nommée à l’époque? Oui; mais le père ne connaît peut-être pas son nom. Laissons le père Le Jeune continuer sur l’île de Montréal:

Cette île paraît coupée par le milieu d’une double montagne qui semble la traverser.

Beaucoup de Montréalais n’ont pas réalisé qu’il y a effectivement 2 sommets au Mont-Royal, Westmount (de nos jours entourée par le summit circle) et le Mont-Royal lui-même, où trône la croix érigée en souvenir de celle que Maisonneuve avait lui-même installé à cet endroit. Le père Le Jeune continue en parlant de la cité autochtone d’Hochelaga, sans la nommer:

J’apprends que les Sauvages de l’Ile ont autrefois défriché et tenu une bourgade vers cette montagne, mais ils l’ont quittée, étant trop molestés de leurs ennemis; ils nomment encore ce lieu de l’île où il y avait une bourgade.

Ensuite, on parle de ce qui se trouve au nord de Montréal, soit l’actuelle ville de Laval sur l’île Jésus :

Au côté du nord de l’île de Montréal, passe la Rivière des Prairies, qui est bornée par une autre île, belle et grande, nommée l’Ile de Montmagny. Au delà de cette île est la rivière S. Jean qui touche aux terres fermes, du côté du nord; (…)

L’île de Montmagny est donc l’île Jésus et la rivière Saint-Jean, l’actuelle rivière des Mille-Îles. Et non content de décrire les lieux, le père en décrit les origines toponymique :

Je dirai, en passant, d’où sont tirés les noms de ces fleuves. La rivière S. Jean tire sa dénomination du sieur Jean Nicolet, truchement et commis au magasin des Trois-Rivières; il a souvent passé par tous ces endroits. La rivière des Prairies fut ainsi appelée pour ce qu’un certain nommé des Prairies, conduisant une barque, et venant à cet affour ou rencontre de ces trois fleuves, s’égara dans les îles qu’on y rencontre, tirant à cette rivière, qu’on nomma puis après son nom, au lie de monter dans le fleuve de S. Laurent où on l’attendait.  Pour le grand fleuve, je ne sais à quelle occasion on lui a fait porter le nom de S. Laurent, peut-être pour avoir été trouvé ce jour-là.

Effectivement, le fleuve Saint-Laurent, décrit pour la première fois par Jacques Cartier le 10 août 1534, le jour de la Saint-Laurent.

Publié dans Uncategorized | Tagué | Laisser un commentaire

En remontant la Bécancour…

Le 13 juillet 1792, l’arpenteur J. MacDonell est mandaté afin d’établir un relevé de la rivière  Bécancour. Il doit en outre clarifier les délimitations de deux townships situés en arrière de la seigneurie de Bécancour, soient ceux d’Aston et de Blanford. De ce voyage, MacDonell laisse deux carnets de notes et de relevés topographiques, soit quelque 130 pages de données concernant principalement la rivière Bécancour ( voir carnet 1 et carnet 2) que la BANQ a numérisés et mis en ligne.

La préparation au voyage débute par la réparation de ses instruments de mesure ( en particulier, une théodolite) et par la recherche d’un équipage pour l’accompagner. En outre, MacDonell doit s’affairer au Surveyor General’s Office situé à Québec afin de consulter la documentation existante décrivant les seigneuries du temps du Régime Français et les lignes des nouveaux cantons. Non seulement il doit consulter ces documents, mais il doit recopier les données qui lui seront utiles afin d’établir son propre parcours.

Au moment du départ de Québec, le 18 juillet 1792, on se rend compte que les bateaux sont si pourris qu’il serait imprudent de les utiliser pour faire le voyage. On trouve de meilleurs bateaux (mais guère mieux), on transfère les provisions et on part pour Bécancour le 20 juillet 1792 à 6 heures du matin par marée favorable. Cette journée-là, on ne se rend guère qu’à Cap Rouge; et encore, c’est au prix d’avoir perdu une partie des provisions par une pluie forte en dépit des précautions prises. Les jours suivants sont passés à remonter le courant sur le Saint-Laurent contre un fort vent dans des bateaux prenant l’eau…! On s’échoue partiellement sur des hauts fonds, on lutte contre le vent… Le 23, on arrête à un endroit nommé Les Écureux (un peu à l’est de Donnaconna); on prend au passage M. Allson, propriétaire du township de Blanford et puis, le 24, on atteint Petite Rivière-au-Chêne (Leclercville) ; finalement, on arrive le 25 en fin de journée à Trois-Rivières, où MacDonell doit s’affairer à faire ajuster ses instruments qu’il a testés en cours de route pour se rendre compte qu’ils étaient imprécis.  Durant cette partie du trajet, malgré de longues journées de labeur, on arrive donc à parcourir à peine 30 kilomètres par jour.

À Trois-Rivières, l’équipe est rejointe par le propriétaire du township d’Aston, le colonel Morris. Certains membres de l’équipage ne continuent pas le voyage. On arrive le 28 juillet à Bécancour après quelques errements pour trouver la bouche de la rivière. On se rend compte que les biscuits ( qui constituent l’essentiel pour subsister) sont complètement détrempés; on doit débarquer à terre, les étendre et les faire sécher! On fait parvenir 20 jours de provisions par charette à la maison la plus éloignée au sud de la seigneurie, sur le bord de la rivière Bécancour, et on se ravitaillera à cet endroit en cours de route. On veut voyager léger : moins de provision, meilleure manœuvrabilité des bateaux lorsqu’on accoste sur le rivage pour faire les mesures. Quatre nouveaux membres sont engagés (à Bécancour, semble-t-il) dans l’équipe pour remplacer ceux restés à Trois-Rivières, dont un Huron et un Abénakis. Et c’est donc le 30 juillet 1792 que les relevés sur la rivière Bécancour peuvent finalement être entrepris.

* * *

Les relevés consignés par MacDonell consistent en des mesures de distance et d’orientation, d’un point à l’autre. Pour chaque point, McDonell fait des remarques lorsque certains traits ou caractéristiques de la région sont intéressants.

Ces relevés sont ardus à interpréter pour quelqu’un qui n’est pas arpenteur; heureusement, McDonell effectue dans un second carnet des décompositions orthogonales (i.e. des projections sur les axes nord, sud, est, ouest) qu’il est plus simple d’interpréter; et c’est à partir de ces chiffres que j’ai pu, dans Autocad, retracer une partie du périple de l’arpenteur sur la rivière Bécancour.

Le tracé ci-dessous est celui des 150 premiers points relevés par McDonnel, de l’embouchure de la rivière Bécancour, jusqu’à l’île aux Ormes. On voit que ses mesures (en bleu) se conforment assez bien au tracé de la rivière retrouvé dans Google Maps (en rouge)!

Je refais le même exercice, mais avec cette fois non pas le tracé rouge vectorisé tiré de Google Maps, mais une image de la carte elle-même:

* * *

Voici trois points d’intérêt au long du cours d’eau :

Le premier, le site d’un moulin à vent… En voici une image tel qu’il existe en 2011:

L’existence d’un tel moulin me paraît assez étonnante : situé sur une hauteur, près de la rivière Bécancour… et pourquoi donc installer un moulin à vent sur les berges d’un cours d’eau qui pourrait lui-même activer un moulin? Mystère. Re-mystère sur les origines de ce moulin… des recherches s’imposeront plus tard! Entre temps, un tel bâtiment laisse supposer un établissement assez ancien sur ce site.  Voici ce qu’observe McDonell aux environs du site de ce moulin (le moulin est situé vers le point 63, ce relevé est à 72 ) :

At the offroad which leads to Joseph St-Louis commonly called L’Almand, follow said road past l’Almand door (…)

Un lien entre ce Joseph Saint-Louis et le moulin? Qui sait… Encore plus intéressant, au point 70, une note laconique qui me surprend :

Cross a bridge

Un pont ( vraisemblablement de bois) à un endroit tout près du moulin… un petit hameau qui se développe donc là? Possiblement… à explorer dans les archives. Il y aura quelque chose d’intéressant à découvrir là. La présence de quelques maisons anciennes à cet endroit nous montre que cet hameau a sans doute existé.

Voici une image aérienne de ce moulin à vent datant de 1990, provenant des archives de la BANQ  ( cote : P690,S1,D90-125, cliquer sur l’image pour le lien Pistard ) :

Second point d’intérêt : la jonction de la rivière Blanche et de la rivière Bécancour. Un site très pittoresque…! À voir absolument lorsque vous vous promenez sur le chemin du Danube. La rivière a taillé son passage dans une très jolie formation rocheuse rouge.

Voici ce qu’en dit McDonell en 1792, un peu laconique devant un paysage pourtant assez joli :

Point that advanced upon the bed of the river & exactly opposite of the mouth of the River Blanche.

Et troisième point d’intérêt, l’île aux Ormes (image tirée du CPTAQ) :

Source : CPTAQ ( orthophotographie )

MacDonell est beaucoup plus enthousiaste au sujet de cette île sans nom (à l’époque) au point de relevé 138:

Opposite of the North end of a very pretty small Island with a few trees in the middle of it.

Il relève aussi des plages de sable blanc tout autour de cette île, de même que de nombreuses essence d’arbre : érable, noyer, hêtre et bouleau. Cette île aux ormes m’intrigue… un (autre) objet de recherche intéressant.

Publié dans Uncategorized | Tagué | 2 commentaires

Saint-Nil : une grande disparue

Je me suis beaucoup intéressé à Saint-Nil l’été dernier, et mon intérêt est lié au superbe travail de recherche qu’a réalisé Gaétan Bernier sur son site web. Lui-même natif de cette paroisse, les deux ouvrages qu’il a écrits sur le sujet ( disponibles sur demande en visitant son site web ) valent leur prix: les témoignages des anciens résidants sont particulièrement touchants. La plupart de l’information citée ici provient de ces deux ouvrages. Un ensemble de DVDs a également été publié; les quelques images d’époque montrées ici proviennent de ces DVDs, mais il y en a plusieurs autres très intéressantes qui n’ont pas trouvé de place ici. (La légende des images apparaît lorsque vous placer le curseur au-dessus des images.)

Mais quelle est donc l’histoire de Saint-Nil?

Durant la crise des années 1930, le ministère de la colonisation sous le gouvernement Taschereau a ouvert des terres afin que les chômeurs des villes puissent aller s’établir en campagne et, de la sorte, mieux assurer leur subsistance ( par l’agriculture et par l’élevage) qu’ils ne pourraient le faire en milieu urbain.

C’est ainsi que de nombreuses régions, en Gaspésie ou ailleurs, ont alors été ouvertes et peuplées de colons courageux. Saint-Nil, située loin dans les terres derrière Matane, est l’une de ces villes ouvertes à cette époque. En 1934, les premiers colons s’y établissent. Les chemins sont pratiquement inexistants, le relief est accidenté : les colons partent s’établir à pied, en portant sur leur dos (ou sur des brancards) leurs effets, sur un sentier tracé par les arpenteurs gouvernementaux qui ont délimité les lots…! Souvent, l’homme part en éclaireur et il établit une maison avant que le reste de la famille ne suive un ou deux ans après.

Une vie pleine de promesses, mais âpre : ces terres doivent être défrichées, péniblement. Les maisons sont petites, carrées et construites simplement, lors de corvées collectives. Un moulin actionné par un moteur d’automobile sert à préparer le bois requis pour les constructions. Plusieurs moulins sont érigés, au fil du temps. Mais ce ne sont pas toutes les terres qui sont fertiles… et les colons issus du milieu urbain n’ont pas toutes les connaissances requises pour bien exploiter leur terre.

Néanmoins, le gouvernement continue d’étendre les lots ouverts à l’établissement. En 1947, une seconde église est construite, plus grande que la première; des nouveaux rangs sont ouverts et vers 1955, près de 1050 personnes habitent à Saint-Nil. Des écoles de rangs ont été construites; il existe même un transport en commun ( « la ligne ») pour ceux qui n’ont pas de voiture ( transport fait en autobus l’été et en autoneige durant l’hiver! ).

Si quelques terres ouvertes sont favorables à l’agriculture et l’élevage, plusieurs des colons dont les terres sont peu propices à l’agriculture abandonnent leur terre, ou se tournent vers l’exploitation des ressource forestières de leurs lots… Certains quittent lorsque le bois sur leurs lots est épuisé. Les forêts environnantes, exploitées par la Price Brothers, ont quant à elles été coupées sans plan de reboisement et peuvent par conséquent offrir peu de travail à la communauté. Et en 1956, la Price Brothers cesse l’exploitation dans la région, enlevant des possibilités d’emploi aux habitants du village.

Vers le milieu des années soixantes, le BAEQ (Bureau de l’Aménagement de l’Est du Québec) commence à penser à « fermer » certaines des paroisses récemment ouvertes: les terres sont jugées peu fertiles et incompatibles à l’agriculture industrielle, la dispersion de la population coûte cher à l’état. La marginalité de ces nouvelles colonies ne cadrent plus avec une nouvelle orientation  gouvernementale. L’excellent ouvrage Un pays de distance et de dispersion de Clermont Dugas fait le tour de la question. Saint-Nil est l’un des villages cités par le BAEQ comme candidat à la fermeture. Mais les habitants sont attachés à leur coin de pays et ils ne veulent pas quitter.

Mais le peu d’ouvrage fourni par la région et l’incertitude grandissante face à l’avenir de la paroisse pousse plusieurs à quitter, et progressivement, la paroisse se vide; ce qui n’améliore pas le sort de la paroisse…! Le maire veut vider les rangs mais constituer un noyau solide autour de l’église, noyau qui se limitait à cette époque à une dizaine de maison comme on le voit sur l’image ci-dessus. En contrant l’étalement des habitants dans les rangs, le maire pense pouvoir renverser la vapeur.

Mais rien n’y fait. Le gouvernement laisse les habitants du village décider de leur sort, tout en maintenant l’incertitude quant à l’avenir du village et en abolissant les services d’un autre côté. L’étau se resserre, des votes sont pris, les habitants optent pour la fermeture du village.

Le gouvernement a fait des offres monétaires dérisoires pour racheter les maisons. Certains propriétaires quittent mais déménagent leurs maisons. Ceux dont la maison est rachetée par le gouvernement doivent tout démolir avant de quitter. Le presbytère est déménagé, et le clocher de l’église est abattu (sans doute pour en retirer la cloche); et lorsque l’église est sur le point d’être démolie, en 1975, elle est victime d’un incendie suspect. Le gouvernement promet un bel avenir dans des HLM, sur le bien-être social à ceux qui acceptent les offres…

Le 1er octobre 1974, la paroisse est officiellement fermée. Ceux qui restent à Saint-Nil durant ces dernières années sont complètement isolés, au fond de chemins peu entretenus et ayant des voisins à plusieurs milles de distance.

Une résistance s’est organisée en la forme d’Opération dignité: certains villages échappent à cette déplanification sauvage, mais pas Saint-Nil…

Aujourd’hui, il ne reste que quelques maisons transformées en chalet; il reste le cimetière qui est toujours entretenu; et bien entendu, subsistent les rangs qui avaient été ouverts à l’époque. Il n’y a plus d’église, et les terres si durement défrichées qui sont peu à peu regagnées par la forêt.

En bref, un beau gâchis gouvernemental…!

Ci-dessous, quelques photos de Saint-Nil que j’ai prises à l’été 2011. On note le paysage très montagneux de ces terres.

Publié dans Uncategorized | Tagué , , , , | 90 commentaires

Eau Minérale Naturelle Saint-Léon Co.

Pour qui s’est déjà déplacé à Saint-Léon-le-Grand (au nord de Louiseville), il garde  le souvenir d’un paysage agricole tranquille, sans surprise, marqué par la rivière du Loup:
Saint-Léon-le-Grand, Québec

Un peu par hasard, je suis tombé sur cette page web qui montre plusieurs photos historiques de Saint-Léon-le-Grand, et j’ai été frappé d’apprendre l’existence du St-Leon Springs Hotel, un immense hôtel construit sur les berges de la rivière du Loup au 19e siècle. L’immense construction était un lieu de villégiature, un genre de sanatorium où, paraît-il,  de l’eau de source était embouteillée… Quelques photos tirées de ce site web:

Frappant! Un lieu pour faire le plein d’eau de source, pour guérir des maux de santé…

Poursuivant mes recherches, je tombe alors en arrêt sur un second site web qui, lui, fait le tour d’une série de bouteilles d’eau minérale de St-Léon issue de la collection de Steve Lussier… Photos tirées de ce site web, également:

À quel endroit était situé cet hôtel, quelle était cette compagnie dont je n’avais jamais entendu parlé? La question me tracasse…! Prenant la direction (virtuelle) de Saint-Léon-le-grand, je trouve grâce à Google Maps un petit chemin nommé Route de la Saline : un lieu situé sur la rive est de la rivière du Loup. Son nom me laisse croire que la source de Saint-Léon était situé là. L’étape suivante est de confirmer par un examen rapide des titres de propriété si les terrains situés en bordure de cette route ont un lien ou non avec l’hôtel ou la compagnie d’embouteillage …

Je trouve plusieurs références à l’eau minérale dans l’index aux immeubles. Le lot 59 a été possession de The St-Leon Mineral Water Co. entre 1893 et 1905. En consultant les actes notariés cités dans l’index, on comprend que la compagnie The St-Leon Mineral Water Co. avait acheté le terrain d’un compagnie nommée The St-Leon Spring Company. Ces actes antérieurs à 1885 ne se trouvent pas sur le site du registre foncier… The St-Leon Mineral Water Co. possédait un siègle social à Toronto, présidée par James Good et était représentée à Montréal par Albert W. Atwater. Des bureaux de cette compagnie se trouvaient à Montréal ( au 54 square Victoria)  et Trois-Rivières. À Toronto, cette compagnie était située sur la rue King West. On ventait en ces mots l’eau de Saint-Léon :

St. Leon mineral water, a perfect regulator, and effective medicine, a fascinating beverage … sold by all druggists, and hotels, or St. Leon Mineral Water Co’y Ltd. … branch, Bond’s Drug Store, Cor. Yonge and College …

On vendait l’eau 25 sous par gallon, selon cette publicité bien dans le ton de l’époque, tirée du Quebec Daily Telegraph du 9 novembre 1885:

Si le témoignage nous dit que cette personne prenait de l’eau depuis 10 ans en 1885, on pourrait en déduire que cette eau minérale était vendue depuis 1875, au moins… Cependant, une autre publicité, celle-ci du 3 septembre 1910 dans The Gazette, montre que la compagnie remontait à 1881 en fait :

Les vertus prêtées à l’eau sont les plus diverses… comme on conclu que la fièvre tiphoïde est issue de l’eau de piètre qualité, l’eau St-Léon, quant à elle, guérit la fièvre tiphoïde, comme le dit The Quebec Daily Mercury le 5 octobre 1901 :

Finalement, on alla même plus loin, en évaporant l’eau de Saint-Léon pour en extraire les sels (forme plus commode pour les voyageurs qui peuvent ainsi les transporter). Voir l,extrait du Canadian journal of medicine and surgery, Volume 24, publié en 1908:

St. Leon Sante Salts are produced by evaporating the natural St. Leon Sante Water. (…)

Pour ce qui est de l’hôtel situé à Saint-Léon… Le 1er juin 1889, il a ouvert ses portes, selon cette publicité du Quebec Daily Telegraph, soit 8 ans après le début de l’exploitation des sources salines par The St-Leon Mineral Water Co.

Une époque faste pour l’hôtel… au départ, il a été dirigé par un certain James K. Gilman, originaire de Stanstead. En 1907, l’hôtel n’était plus si populaire, déjà, son zénith étant derrière lui:

Plus tard, les terrains ont été la possession de la compagnie Eau Minérale St-Léon, propriété de Charles Gauthier, un épicier licencié demeurant à Saint-Léon-le-Grand. Une seconde compagnie nommée Saline Incorporée pilotée par un certain Paul-Émile Côté de Québec en a aussi été propriétaire, plus brièvement. Des actes de 1945 et 1946 décrivent les différents terrains, constitués des lots 59 et 61 et de parcelles situées de par et d’autre du chemin privé La Saline.

Au décès de Charles Gauthier, en 1961, le terrain est cédé et une compagnie nommée  Eau Minérale Naturelle, St-Léon en poursuit l’exploitation ( sans toutefois en être propriétaire). La suite n’est pas très claire… En quelle année cette compagnie a cessé d’exploiter la source? Question sans réponse…

En somme… ce site a été très longtemps exploité pour ses sources d’eau. Que sont-elles devenues, ces sources, aujourd’hui? Mériteraient-elles d’être exploitées encore? Ce patrimoine oublié est d’une grande richesse…

Publié dans Uncategorized | Tagué , , , , , , , , , | 11 commentaires

Témiscamingue : la terre promise et les déménagements de maisons

Au Témiscamingue, les premiers colons s’installent au bout du monde dès la fin du 19e siècle. La voie navigable est la seule option, dans ces premières années. De nombreux portages rendaient le voyage difficile. Cette difficulté est très bien rendue par l’ouvrage d’Arthur Buies, L’Outaouais supérieur, publié en 1889, qui décrit un de ces portages:

« On soufflait, on suait, on pliait sous le fai x par des sentiers tortueux, rocailleux, hérissés d’obstacles, quelquefois entièrement bouchés par la chute récente d’un tronc d’arbre (…) qu’on n’avait d’autres alternative que de se frayer un chemin, soit dans la vase détrempée de la rive, soit en escaladant les rochers les uns après les autres, en s’aidant de son mieux des obstacles mêmes de la route.

On appelait cette aimable opération remonter les rapides à la cordelle. L’un portait au bout de sa lanière de cuir une boîte de thé surmontée de divers menus objets, l’autre un sac de farine, celui-ci un baril de lard, celui-là un poêle ou d’autres articles de ménage, les femmes, car il y en avait aussi quelquefois, portaient ce qu’elles pouvaient; et enfin, deux ou trois hommes tenant le bout d’un câble solidement attaché à l’embarcation, la remontaient ainsi dans le rapide le long des bords, dans l’eau jusqu’aux genoux, sur des lits de cailloux sur les escarpements ou les pentes glissantes des rochers, à travers les taillis et les broussailles emmêlées et tout le temps occupés, par dessus toute chose, à empêcher le choc des billots que le rapide emportait avec lui dans sa course irrésistible. »

Dès les années 1880, la situation s’améliore : le train du Canadien Pacifique se rend à Mattawa; il faut remonter jusqu’au Témiscamingue en bateau à vapeur, fini les portages. Puis, le réseau ferroviaire s’étend vers le nord… À un point tel que dans les années 1920, plusieurs villages sont reliés au sud de la province par le train.

Au bout de ce chemin, qu’est-ce que le colon retrouve? Un terrain fertile, selon ce qu’en dit les brochures gouvernementales qui vantent les mérites d’une terre très propice à l’agriculture, spécifiant même qu’on peut y planter des pommiers… Des pommiers au Témiscamingue, vraiment? C’est ce que dit C. C. Farr dans Lake Temiscamingue District, province of Ontario, Canada, publié en 1893.

La réalité est tout autre. Elle est bien décrite dans le livre de James Wood, Places of last Resort: les terres sont souvent pauvres, et d’un rendement inégal: si un rang est le moindrement prospère, le rang voisin peut quant à lui se trouver en terrain peu fertile. Parfois, les terres sont vallonées et cela rend la culture difficile : on peut labourer en descendant la pente, mais pas en remontant…

Ainsi, arrivé au Témiscamingue, se trouvant sur des terres au rendement agricole incertain, le colon s’installe. Maison, étable, hangars sont construits et la terre est peu à peu défrichée. C’est une opération pénible et dans les premiers temps, on laboure entre les souches… On recommande aux colons de n’avoir que le strict minimum en termes de bêtes, que l’essentiel de leur effort ne doit pas être de s’occuper de ces bêtes mais de défricher et d’agrandir la zone cultivable. Mais après quelques années de dur labeur, parfois, la terre si durement défrichée s’épuise et ne produit plus beaucoup; et alors que la famille grandit, le bois si vital à la vie dans un pays glacial se fait plus en plus rare, on doit aller le chercher de plus en plus loin.

Que faire alors? Se rapprocher du village ou se trouver une autre terre dans la région;
mais les bâtiments presque neufs, seront-ils sacrifiés? Parfois, les terres sont abandonnées, les bâtiments avec…  Mais si un déménageur offre ses services, l’étable, la maison et les dépendances seront déplacées vers une autre terre, sur laquelle leur propriétaire s’installe. Ou vendues à un voisin à qui la fortune sourit et qui les déménage sur sa terre. Ci-dessous, voir un exemple de maison déménagée, celle-ci dans la région de Victoriaville ( BANQ,  E6,S7,SS1,D43124 À 43135 )  :

Mais tous n’ont pas la chance d’avoir à leur disposition un véhicule motorisé, comme ci-dessous. Comment procèdait-on avant le moteur à explosion, avant le moteur à vapeur? Selon le témoignage de mon père, dans la petite municipalité de Béarn au Témiscamingue, mon grand-père, Rosaire Douaire procède à ce genre de déménagement seul en utilisant un arrache-souche: ce type d’appareil est un genre de pieu vertical ayant une branche latérale qui sert à atteler un ou deux chevaux. Une image vaut mille mots, voici un exemple d’arrache-souche ( source : BANQ, E6,S7,SS1,P2319 ) :

Pour déménager une maison, on commence par soulever la maison à l’aide de vérins à vis: on tourne le vérin et lentement, la maison s’élève. La force à exercer est considérable. Une fois la maison levée, s’il y a un solage de pierres, on enlève celles-ci, puis on glisse des patins de bois sous la maison. Parfois, la grange glisse sur deux lisses de tremble et sous les lisses de tremble, on insère des rondins qui permettent de mieux glisser : ça ne roule pas vraiment sur les rondins, mais ça glisse mieux.

Si c’est une étable que l’on déménage, la solidité du bâtiment n’est pas comparable à celle d’une maison qui possède des cloisons intérieures; pour une étable, il faut aller chercher de longs et fins arbres dans le bois et l’on cloue ceux-ci en diagonale contre les murs intérieurs afin de solidifier le bâtiment. . .

Ensuite, on plante le pieu de l’arrache-souche dans le sol dans un trou creusé à la tarrière, à environ 80-100 pieds de la maison. Une portion de 4 pieds du pieu dépasse du sol. Un câble d’acier est fixé du pieu à la maison, très bas autour du pieu. Le câble est fixé par un noeud autour du pieux; il passe par une poulie fixée sur la maison par un autre noeud, puis revient s’enrouler autour du pieux.

Les chevaux sont attelés au bras de force qui fait environ 8 pieds de long et à mesure que les chevaux tournent autour du pieu, le câble s’enroule et la tension monte. À chaque rotation de l’arrache-souche, les chevaux enjambent le câble qui se trouve à 6 ou 8 pouces du sol.

Au premier tour complet du pieu, la maison ne bouge pas; la tension s’accumule dans le câble. Puis, lentement, elle avance. Lorsque les chevaux tirent, le câble n’est pas toujours tendu, il y a des « lousses » qui se crééent périodiquement, alors que le bâtiment continue sur son élan…c’est dire de la force générée par l’arrache-souche! Quand la maison approche du pieu, on arrête le manège, on retire le pieu du sol puis on le re-plante quelque 100 pieds plus loin en creusant à la tarrière. Et ainsi de suite… jusqu’à ce que destination s’ensuive!

Le pieu vertical autour duquel s’enroule le câble d’acier s’use rapidement. On utilise parfois une enveloppe d’acier que l’on glisse sur le pieu et cela protège le bois du pieu. Parfois aussi, le bras d’attelage est en acier.

Une autre variante :   le câble est fixé non pas au pieux, mais à un second pieux situé à mi-chemin entre le premier pieu et le bâtiment à déménager. La force de l’essoucheuse est fabuleuse: une anecdote le révèle. Une maison à déménager se trouve posée sur des billes de bois; signe du progrès, avec un bulldozer, mon grand-père essaie de tirer celle-ci, mais les patins de bois s’enfoncent et se calent dans la terre. La solution? On retourne avec l’essoucheuse: les deux chevaux tirent avec succès la maison hors de son bourbier et elle suit son chemin… Et un cheval seul peut déplacer sinon une maison, du moins une grange.

Une modernisation, donc: un déménagement de maison au bullzoder (voir image ci-dessus, source – ANQ : cote E6, S7, P13923, tirée de L’Abitibi-Témiscamingue, terre de bâtisseurs par P.Trépanier et R. Dubé, Éditions GID, 2005). Parfois, la maison est tirée un peu comme cela était fait avec l’essoucheuse, sur des patins fait de rondins de bois, comme ci-dessus. D’autre fois, la maison est levée très haute, déposée sur des blocs, et un le camion ( la float) qui a servi à transporter le builldozer est positionnée sous la maison. La maison est descendue sur la float, puis la remorque s’élance, précédée par le bulldozer qui abat les arbres de part et d’autre de l’étroit chemin afin de faire place à la maison. Dans une grande pente, le bulldozer doit aller se placer derrère la maison afin de l’empêcher de reculer: le bulldozer se colle derrière la maison et retient doucement la maison à mesure que le camion monte la pente. Arrivé dans un champ, les curieux qui suivent pour voir si Douaire va réussir voient que les clôture des champs nuisent au passage de la maison — elles sont tirées du sol par les curieux puis replacées par eux ensuite. La maison fait ainsi 1.5 miles en 1 heure… et se rend à destination au village de Béarn, au Témiscamingue!

Plus tard, avec le progrès, le déménagment des maisons à l’aide d’arrache-souche est relégué au folklore… mais le progrès amène ses complications: si le bullbozer est efficace, les nombreux fils électriques qui envahissent les campagnes sous l’électrification rurale doivent être débrochés pour laisser passer les maisons….

Je me demande si ce genre de déménagement à l’essoucheuse était répandu dans nos campagnes, ou si la méthode utilisée par mon grand-père était plutôt rare…

Publié dans Uncategorized | Tagué , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Le moulin Desmarais / Lafrance et Guévin, La Visitation-de-Yamaska (Québec)

Une visite près du joli village de La Visitation-de-Yamaska a piqué récemment ma curiosité… en roulant sur le rang Saint-Pierre, le long de la branche sud-ouest de la rivière Nicolet, j’ai aperçu ce qui paraissait être les vestiges d’un barrage ou de la chaussée d’un moulin… cela dépassait à peine des eaux tumultueuses de la rivière Nicolet (branche sud-ouest). Voir ci-dessous:

Que ces vestiges soient ceux de la chaussée d’un moulin était l’hypothèse la plus plausible à mes yeux, à cause des orifices sur la partie de ciment. Mais comment retracer l’existence de ce moulin?

Le point de départ de mes recherches a été de me tourner vers un ouvrage gouvernemental intitulé « Répertoire des moulins à eau du Québec » publié sous la direction de Pierre Lahoud en 1978. À la page 36, on y parle de l’existence du moulin Desmarais situé sur le rang Saint-Pierre, à La Visitation-de-Yamaska.

Il y a un citoyen du web qui a d’ailleurs mis sur wikipedia tout le contenu de l’ouvrage :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Liste_des_moulins_%C3%A0_eau_du_Qu%C3%A9bec

Selon cet ouvrage, vers 1975-1978, le moulin est encore debout, mais on n’y fait plus de farine, on ne fait qu’y couper du bois. La photo publiée dans cet ouvrage est malheureusement inutile, on y voit à peu près rien. Cependant, la localisation sur le rang Saint-Pierre est un rapprochement très intéressant avec les vestiges de l’image ci-dessus.

Par la suite, j’ai consulté l’ouvrage de Jacques Duhaime, « Les Visitandins 1898-1998 », publié en 1998 et qui est plus bavard sur ce moulin et sur la rivière Nicolet de l’époque… Tout d’abord, il existait trois moulins à eau sur cette partie de la rivière Nicolet dans les environs de La Visitation-de-Yamaska. Du Nord au Sud :  premièrement, le moulin Côté, tout près de l’actuel village, et qui y a existé entre 1769 et 1906; deuxièmement, le moulin Desmarais (surtout connu sous le nom du moulin Lafrance et Guévin, du nom des propriétaires originaux ) érigé en 1892 à  un endroit nommé les « écarts rouges »; troisièmement , plus au sud, le « moulin qui chante » érigé en 1846, dans un lieu nommé « Châtillon » ou Hartville. Le moulin qui chante, voilà qui méritera une éventuelle recherche… mais focus!

Car il y a mieux encore: cet ouvrage montre le moulin Desmarais / Lafrance et Guévin sur une photo ancienne issue des archives du Séminaire de Nicolet ( F085/P4391 ) et dont j’ai obtenu copie :

On y voit donc des installations considérables : un petit pont de bois, plusieurs bâtiments. Toujours selon  Jacques Duhaime, « Les Visitandins 1898-1998 », le petit pont de bois s’est écroulé en 1911 et n’a jamais été reconstruit (p.189), ce qui laisse croire que cette photo date de 1910 ou avant. À l’époque, on y faisait farine et on y sciait du bois.

Par ailleurs, la photo du moulin ci-dessus est éloquente : l’activité forestière était intense sur les terres voisines de la rivière, on y pratiquait la drave comme en font preuve les nombreux billots de bois échoués sur la plage ci-dessus. Cette déforestation a profondément changé le paysage : l’eau qui affluait doucement à la rivière via des berges boisées s’est mise à s’y rendre plus directement, rendant la rivière plus tumultueuse après les grandes pluies ou au printemps. La rivière a ainsi commencé à gruger les terrains voisins, elle s’est élargi, des glissements de terrain se sont produits, les inondations sont plus fréquentes. Voir les deux documents ci-dessous, montrant un des bâtiments du moulin Desmarais en position précaire, au printemps 1927 (BANQ, E57,S44,SS1,PA16-39 et  E57,S44,SS1,PA16-40 ):

L’érosion et les glissements de terrains qui sont survenus sur les rivières Nicolet pourraient faire l’objet d’un article complet…

Cependant, si on revient à ce qui nous touche ici, est-ce que le moulin Lafrance-Guévin remontant à 1892 est vraiment le premier érigé ce site? En  identifiant le lot sur lequel le vestige de la chaussée se trouvent sont au lot 542 du cadastre de la paroisse de Sainte-Monique (je l’ai fait via le site géomatique de la CPTAQ ), on peut en tirer ces quelques infos — que le moulin a été vendu le 19 avril 1909 par Théodule Lafrance et J.M.C. Guévin à Dorila Desmarais. De là les deux noms rattachés à ce moulin.

Cependant, là où cela devient intéressant, c’est lorsqu’on consulte les actes notariés antérieurs à Lafrance et Guévin…:

Dès le 16 septembre 1871, dans l’acte notarié 12053 du notaire Blondin (registre B, circonscription foncière de Nicolet – Nicolet 2 ), on note la vente d’un moulin déjà construit sur ce site :

Transcription:

 » (…) un moulin à farine situé dans la dite paroisse de Sainte-Monique, sur la branche sud-ouest de la rivière Nicolet, entre la dite paroisse de Sainte-Monique et celle de Saint-Zéphirin de Courval, connu sous le nom de `Mill Bank` (…) sur l’île à la Fourche (…)  »

Ce moulin à farine côtoie un moulin à scie appartenant à un certain Emmanuel Beauchemin, l’acte notarié spécifiant que ce dernier ne doit pas gêner l’utilisation du pont et du chemin en montant ses billots. Il existe donc un pont, en 1871, au-dessus de la rivière Nicolet. Finalement, une clause spécifie que le nouveau propriétaire du moulin à farine « peut se servir de l’eau en tout temps, mais lorsque l’eau sera basse, ou manquera en été, ne pouvant devant le gros faire opérer ou faire marcher qu’une paire de moulanges avec le sinott (?) »

Le site était donc exploité… probablement à l’époque seigneuriale… Il faudra donc continuer les recherches, sur la trace de ce Mill Bank.

Publié dans Uncategorized | Tagué | 6 commentaires

Les mortels gaz de schiste- Saint-Zéphirin-de-Courval

Bien avant les débats actuels sur les gaz de shale (ou gaz de schistes, si vous préférez!), les habitants des régions aujourd’hui convoitées par l’industrie gazière étaient au fait de l’existence de ce gaz naturel caché sous leurs pieds. Pour la plupart des cultivateurs, ils ont rencontré ces gaz en creusant des puits. Les prospecteurs et certains industriels ont tenté leur chance, croyant que la présence de gaz démontrait inévitablement une présence de pétrole, chose qui fut réfutée par la suite.

Mais ce dont on traite ici s’éloigne de ces considérations: j’ai mis la main récemment sur un rapport géologique gouvernemental daté de 1964 couvrant la région de Yamaska-Aston : T.H Clark, Yamaska-Aston Area, geological report 102, Nicolet, Yamaska, Berthier, Richelieu and Drummond Counties, Québec, 1964, 192 pp. À la page 85, on énumère 4 puits de surface situés dans la région ( 3 à Saint-Zéphirin-de-Courval, 1 à Saint-Thomas-de-Pierreville ) qui se trouvent dans la situation évoquée ci-dessus : des bulles de gaz s’échappaient de ces puits. Pour l’essentiel,  l’auteur fait dans l’anecdotique :

« Gas probably struck between overburden and rock. Continuous bubbles. Never used. Occasionally burned at end of pipe merely for demonstration… »

Par contre, le passage s’avère dramatique et m’a beaucoup intrigué :

« Rang St.François, St. Zéphyrin de Courval (…) The well had been plugged prior to about 1930 because of the gas. About that time Mr. Marcotte removed the cover and entered the cistern to unplug the pie. He was instantly asphyxiated. His son, not seeing his father return, also entered the cistern and died. A second son followed and died in turn. A neighbour, investigating this, descended and died at once. The parish priest forbade any others to enter the cistern; instead, they lowered a cat, and brought it up dead. The bodies were recovered after some improvised gas-masks made the descent possible, by which time, also, circulation may have cleared the gas from the cistern to some extent. »

Une rapide recherche me mène sur le site de la paroisse de Saint-Zéphirin ( http://www.saint-zephirin.ca/contes-legendes-faits-vecus.asp ), et j’y trouve une référence légèrement différente :

« Dans le rang St-François, en 1930, M. Ernest Marcotte s’aperçoit, au moment d’abreuver ses animaux, qu’il y a un manque d’eau. Il décide d’aller voir ce qui se passe au puits qui n’a plus trois pieds d’eau. En descendant dans le puits, les gaz toxiques qui s’en dégagent le font suffoquer. Les fils de M. Marcotte décident à leur tour d’aller voir ce qui arrive à leur père. Le même sort les attend. Un ami, Philippe Jutras, veut leur venir en aide mais la mort le frappe, lui aussi, à sa descente.

Mme Marcotte, qui s’inquiète de ne pas voir son mari et ses fils arrivés pour le souper, décide d’aller les chercher. Voyant le couvercle du puits ouvert, elle regarde à l’intérieur et aperçoit les hommes au fond. Elle les appelle et n’en reçoit aucune réponse. Elle demande l’aide du vicaire Allard qui dit à M. Conrad Blanchette de descendre, qu’il n’y a pas de danger. Le médecin lui fournit un masque afin que les émanations de gaz qui s’échappent du puits ne lui soient pas néfastes. Grâce à l’aide de vicaire et celle du médecin, M. Blanchette réussit à sortir les malheureux du puits, mais il est cependant trop tard pour les sauver. Il ne reste plus qu’à fermer ce puits qui a tué quatre hommes. »

À la lecture de cette seconde version, on y gagne le prénom du propriétaire de la ferme où cela s’est passé. Ma première réflexion est d’essayer de dater plus précisément l’événement : 1930, c’est trop vague pour investiguer plus en profondeur. En cherchant sur différents sites de généalogie, je trouve la trace d’un Ernest Marcotte, décédé le 27 mai 1930, et dont deux fils ( Lucien, Albert , 21 et 17 ans respectivement ) sont également décédés en ce même jour de 1930. La corrélation est claire.

Voir au lien suivant : http://www.cjutras.org/CJ_MARCOTTE-E.html#F003048

Un élément, cependant, ne colle pas : dans la version du site web de la municipalité de Saint-Zéphirin, la mère aurait averti le voisin de la disparition du père et des deux fils; or, selon le site de généalogie cité ci-haut, elle serait décédée le 24 mars 1928, plus de deux ans avant l’événement.

Une nouvelle recherche met à jour une version complètement différente de l’histoire… Le quotidien montréalais La Patrie du 27 mai 1930 annonce la nouvelle en page frontispice, avec le titre impressionnant « Quatre hommes sont engloutis dans un puits« , le soir même des événements (source : BANQ):

Des faits complètement différents, donc…! De par la rapidité de cette publication, il faut de toute évidence se méfier de certains détails… Fait notable: aucune mention des gaz suffocants dans cette version. Le lendemain, 28 mai 1930, le même journal commence à raffiner les détails de l’histoire (source BANQ) :

Si on parle toujours d’un effondrement soudain du sol, d’une chute accidentelle dans un puits nouvellement creusé, voilà que le gaz mortel est alors mentionné… Cependant, on est toujours très loin des deux premières versions citées ci-haut.

Qui dit vrai….? La version définitive se trouverait plutôt, à mon avis, dans l’article cité ci-dessous : un reporter de ce journal hebdomadaire s’est déplacé sur les lieux et il a pris le temps de faire l’enquête… Tiré du Petit Journal, édition du 1er juin 1930 (source BANQ) :

La dernière inconnue… à quel endroit exactement dans la municipalité de Saint-Zéphirin-de-Courval s’est déroulé cet événement? On sait que cela s’est passé sur le rang Saint-François, mais encore… Cela nécessite un approfondissement au registre foncier. En inspectant plusieurs index aux immeubles de propriétés situées sur ce rang, j’ai finalement trouvé que le lot #175 de la paroisse de Saint-Zéphirin-de-Courval avait été propriété de M.Ernest Marcotte : c’est donc là que les événements se sont produits…

Un terrible drame, au sein d’une famille qui ne l’a pas eu facile : Ernest Marcotte et Parmélie Allard, mariés en 1892, eurent 14 enfants dont 2 décédés à la naissance; Parmélie est décédée en 1928, laissant le père et 12 enfants; puis, finalement, le jour fatidique du 27 mais 1930, 10 enfants se retrouvent orphelins, dont 4 qui n’étaient pas mariés et sans doute encore à la maison.

Selon l’index aux immeubles ci-dessous, ces enfants eurent comme tuteur Célestin Courchesne, mari de Marie-Anna Marcotte, quatrième plus vieille de la famille. Selon ce même index, Célestin Courchesne aurait renoncé à la ferme, laquelle est retournée entre les mains du Shérif de Richelieu.

Détails à suivre…

Publié dans Uncategorized | Tagué , , , , , , , | 4 commentaires