Saint-Nil: un village ne disparaît pas comme ça

Un village ne disparaît pas comme ça. On ne voit plus de moulin nulle part, mais une rue « du moulin » demeure; une rue « du phare » reste comme dernière trace, une rue « de l’Église » mais on cherche en vain toute trace religieuse. Parfois, d’un village, il reste quelques bâtiments fatigués mais encore debout, perdus dans la forêt. Ou parfois, il ne reste rien, sauf quelques noms sur une carte. Mais plus que tout, une fois un village abandonné, il reste un cimetière.

En 2011, je m’étais rendu à Saint-Nil et exploré ce coin de pays oublié:

https://histoireduquebec.wordpress.com/2011/12/03/saint-nil-une-grande-disparue/

Lors de cette première visite, je n’avais tout exploré. Cette année, j’y suis retourné, de bon matin, et j’ai finalement retrouvé le cimetière de Saint-Nil, situé loin dans l’arrière-pays de Matane, au coin de la rue de l’Église et du chemin de Bonafeuil. Les chemins étaient en assez bon état malgré les fortes pluies des jours précédant ma visite.

Ce cimetière est toujours entretenu mais possède peu de pierres tombales – la plupart des sépultures étaient marquées par des croix en bois, qui sont disparues avec le temps. Étant un village de colonie qui n’a existé qu’une quarantaine d’années – entre les années 1940 et 1974 – ce sont surtout des sépultures d’enfants qu’on retrouve à Saint-Nil, peu de personnes âgées: les gens qui déménageaient à Saint-Nil étaient dans la force de l’âge, prêt à coloniser l’arrière pays lointain.

C’était bien émouvant de voir ces hommages à des disparus, cachés dans le fond d’une forêt que presque personne ne visite. Peut-être particulièrement parce que ce sont souvent des sépultures d’enfants disparus il y a des dizaines d’années. Laissons parler quelques images:

Cimetière de Saint-Nil

Cimetière de Saint-NilCimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil

Le chemin vers le lac Bonafeuil, situé immédiatement à l’est du cimetière, était particulièrement mystérieux ce matin-là, plongé dans un brouillard:

Cimetière de Saint-Nil

Et sur le chemin du retour, sur le rang XIV, il reste encore des maisons qui remontent au temps de Saint-Nil, comme celle ci-dessous. « Rang XVI » – cela pour moi est évocateur – une évocation de l’arrière-pays profond colonisé par de courageux pionniers.

Saint-Nil - Rang XVI

Il y a d’autres cimetières abandonnés en Gaspésie, corollaire du grand nombre de villages qui ont été fermés dans les années 1970. Le site web des Labelle contient des informations précieuses sur de nombreux cimetières dont ceux fermés de Saint-Nil, et d’autres cimetières de la région donc celui de Saint-Paulin-Dalibaire et celui de Saint-Thomas-de-Cherbourg.

Et comme toujours, le site web de M.Gaétan Bernier recelle une foule d’informations intéressantes sur le village et ses sépultures.

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Bûcher à la Chute du Pin Rouge – derrière le lac Kipawa

Mon père, au début des années cinquante, a travaillé dans un camp de bûcheron au Témiscamingue, à la chute du pin rouge, sur le lac Kipawa.  Ce lieu est à -78.61111, 46.84111 selon toponymie Québec.

La chute du pin rouge - Extrait de Google Maps

La chute du pin rouge – Extrait de Google Maps

Le rapide du Pin Rouge haut de la rivière Kipawa, Témiscamingue, P.Q., ligne du C.P.R. L'album universel, Vol. 23, no. 1160, pp. 353 (21 juillet 1906)

Le rapide du Pin Rouge haut de la rivière Kipawa, Témiscamingue, P.Q., ligne du C.P.R.
L’album universel, Vol. 23, no. 1160, pp. 353 (21 juillet 1906)

Le propriétaire des droits de coupe était un dénommé Booth. Celui-ci délèguait un responsable de camp qui s’occupait d’exploiter une portion du territoire, et à son tour, ce responsable engageait quelques des bûcherons. Ce responsable entretenait le camp et sa femme s’occupait de la cantine. On y mangeait du lard salé, et au dessert – de la tarte aux raisins (fait à base raisins séchés). Il y avait 8 bûcherons au camp où mon père travaillait.

Plan of Barnet & Mackie's Timber Limits on River Kipawa . - Échelle [1:63360]. 1 mille au pouce . - 1870 - 1 carte(s) : n&b ; 60 x 75 cm - BANQ P228,S1,P45

Plan of Barnet & Mackie’s Timber Limits on River Kipawa . – Échelle [1:63360]. 1 mille au pouce . – 1870
– 1 carte(s) : n&b ; 60 x 75 cm – BANQ P228,S1,P45

Les bûcherons travaillent en équipe de deux, et ils glânaient les plus gros pins rouges qui poussaient dans cette région. Pas de coupe à blanc. L’instrument de coupe utilisé était le godendart, cette scie à deux manches, typique du Québec. Les bûcherons l’affilaient, et si le travail d’affûtage était parfait, le simple poids de la scie utilisée sur un tronc couché suffisait à couper le bois.

Exemple de coupe au godendart - tiré de http://public.sogetel.net/munstesabine/foresti.htm

Exemple de coupe au godendart – tiré de http://public.sogetel.net/munstesabine/foresti.htm

Cependant, lorsque l’arbre était encore debout, la méthode était la suivante: on commençait par faire une entaille sur le tronc au godendart. Ensuite, dans cette entaille, on insérait un « coin » de métal en le frappant avec le dos de la tête de hache. La coupe continuait alors, et le coin permettait de diriger l’arbre à l’opposé de la face où il était inséré. Pour un très gros arbre, on utilisait deux coins d’acier.

Le « siège de barbier » arrivait parfois, surtout en hiver, des dires de mon père: l’arbre en train d’être coupé cassait soudainement, laissant une ou des éclisses plus ou moins longues plantées sur la bûche. Le danger était alors que l’arbre partait sans crier gare, dans une direction aléatoire. Pourquoi cela se produisait davantage en hiver? Le bois était alors plus cassant et moins ductile? Peut-être…

Certains de ces pins étaient si énormes qu’une fois tombés, on déposait le godendart sur la souche, et le tronc du pin dépassait encore de chaque côté. On parle donc d’arbres de plus de cinq pieds de diamètre…! Dans une région aussi froide que le Témiscamingue, nul doute que cela représente des centaines d’années de croissance… Un arbre si énorme était coupé en longueur de 12 pieds; s’il était moins gros, on pouvait couper sur 16 pieds. Les chevaux ne pouvaient traîner directement un si lourd poids; on le traînait de travers, en le tirant d’un bout puis de l’autre en alternance et en glissant sur des billots . Le but était donc d’empiler le bois dès l’automne, et jusqu’au printemps; à la fonte des glaces, la crue se chargeait d’emporter le bois vers les scieries au sud. Une bille de cinq pieds de diamètre sur 12 pieds de long, ça devait faire un sacré ravage dans un cours d’eau…

Pour se rendre au campement, on utilisait le bateau; parfois l’hydravion, mais le pilote avait tendance à prendre beaucoup d’alcool…!

Des inventaires forestiers on été faits à l’époque – une forêt de pins blancs, de pruche, de cèdre… bien peu de pin rouge.

 

 

 

 

 

Inventaire forestier : région de la rivière Kipawa, Comté de Témiscamingue ; license no 35 . - 1890 - BANQ - Cote : P228,S1,P49

Inventaire forestier : région de la rivière Kipawa, Comté de Témiscamingue ; license no 35 . – 1890 – BANQ – Cote : P228,S1,P49

Société d’Histoire du Témiscamingue, cote PH 12-6-3, TC, Navigation, CJ Booth à la  »dam » de Kipawa

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Châteauguay sous l’eau- partie 1 – 1936

Au hasard de visites sur le site de la BANQ, dans le pistard, je suis tombé devant une photo de Châteauguay datant de 1936 et qui m’a rappelé un bâtiment que j’avais remarqué récemment, près de l’eau, dans la « vieille partie de Châteauguay ». Je suis retourné sur le site et j’ai constaté que ce bâtiment photographié en 1936 y était encore. J’ai donc produit un montage comparatif 1936 – 2013, le voici:

rephoto

Par la suite, je me suis posé d’autres questions… la date de ce document coté E57,S44,SS1,PB40-23 indiquait 1936, sans plus. Je me doute bien que le document illustre une crue printanière, mais aucune autre indication.

Pour clarifier, j’effectue une recherche sur google, et je trouve quelques articles reliés à des inondations en 1936, un peu partout dans le nord-est de l’amérique du nord, notamment à Pittsburgh, et situant « l’action » vers le 17-20 mars de cette année-là.

Retournant sur le site de la BANQ, mais cette fois sur la section des périodiques, je fouille dans les numéros de 1936 et trouve, pour l’édition de la Patrie  du 20 mars 1936, une correspondance parfaite:

LaPatrie_20mars1936

L’article y cite même spécifiquement le cas de Châteauguay:

L’Île de Montréal est ménacée des pires désastres. On n’a jamais vu situation aussi inquiétante. Tous les habitants des municipalités sises autour de l’Île surveillent attentivement la crue et tous les officiers des municipalités menacées par l’inondation ont l’oeil ouvert pour protéger les citoyens. Châteauguay est actuellement le seul endroit attaqué par l’eau et la glace mais pour peu que l’eau continue de monter, des milliers de citoyens seront forcés d’évacuer leur demeure et de trouver refuge chez leurs voisins.

Voilà qui est éloquent! On ajoute :

À Châteauguay-Bassin, l’eau s’est étendue sur les rues et compte jusqu’à 8 et dix pieds de hauteur à certains endroits. La glace s’est amassée à l’Île des Soeurs et a causé le débordement de la rivière Châteauguay. La glace est bloquée à Sainte-Martine et ne semble pas vouloir se dégager.

Ces problèmes touchent autant Trois-Rivière, Sherbrooke, la Malbaie, Chambly, Sainte-Adèle et aussi à Bécancour, où la rivière Gentilly fait des ravages et inonde les routes locales. Montréal paraît avoir été épargné, sauf une région dans le centre de l’Île près de Villeray.

Une recherche du Petit Journal du 22 mars 1936 ajoute ces précisions, trois jours plus tard, au sujet de Châteauguay – peut-être doit-on conclure que l’eau descendait déjà à ce moment?

À Châteauguay-Bassin, plusieurs maisons ont de 2 à 3 pieds d’eau.

L’eau se retire, la vie reprend son cours. Mais pas pour longtemps… (à suivre)

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Le glissement de terrain de Saint-Alban

Au hasard d’une promenade sans but précis en Mauricie, j’ai croisé sur mon chemin cet intriguant monument commémoratif. Je fais demi-tour, je gare la voiture au bord du chemin, j’inspecte le monument ainsi que ce qui se trouve aux alentours.

Le paysage situé derrière le monument laisse deviner un cataclysme important qui a profondément modifié la géologie de la région; j’imagine déjà l’ampleur de ce glissement de terrain.

Pour me documenter, je parcours le web et je trouve cette photo qui montre les traces de ce glissement de terrain, prise en 1955, et tirée des travaux de Pierre Bédard du département de génie géologique à l’École Polytechnique de Montréal. Il s’agit en fait d’un anaglyphe, donc on peut le regarder avec des lunettes 3D pour mettre en valeur le relief…!

Mais même sans ces lunettes, on voit l’important chamboulement de terrain dans la partie gauche de la photo, vers le bas.

Je me lance sur le site de la BANQ, dans les quotidiens de l’époque, pour obtenir des détails historiques. Le premier titre à relever la catastrophe est l’édition du 30 avril, 1894 de La Patrie:

En gros, un voyageur rentré à Montréal et attablé au St-Lawrence Hall signale donc cet évènement qui s’est produit le soir du 27 avril 1894, soit trois jours plus tôt; le voyageur rapporte les faits (avec assez d’exactitude, comme les articles des jours suivants le montreront) – soit le cours de la rivière Sainte-Anne qui a complètement été chamboulé, les ponts emportés par les eaux, les maisons détruites, les vies perdues.

Dans la même édition du 30 avril 1894 de La Patrie, on fournit plus de détails, une description quasi-hallucinante :

Sainte Anne de la Pérade, 30. L’inondation à Saint Albans (sic), compté de Portneuf a eu lieu vendredi soir, à 8 heures. Les bords de la rivière qui sont en glaise et de 150 pieds au-dessus du niveau du fleuve se sont écroulés, bloquant le chenal naturel de la rivière sur une (sic) espace de plus de 5 milles de long.

L’eau a monté de 100 pieds instantanément au-dessus de la masse de terre qui a ainsi tombée dans le milieu de la rivière.

Quelques instants après, la masse de terre s’est mise en mouvement et est descendue vers le village de Saint Albans (sic) entraînant le pont avec elle. L’eau au village a monté de 4 pieds au-dessus du pont qui était de 75 pieds au-dessus du lit de la rivière.

À dix heures dans la soirée, la masse de terre qui se meuvait lentement est arrivée à St Casimir.

Là aussi, des ponts ont été emportés. Enfin, à 11 heures, l’amoncellement de glaise est arrivé à Ste Anne où il a emporté les deux piliers de pierre du nouveau pont en fer, toutes les dalles de la manufacture de J A Mousseau et la maison de M. David Gauthier qui a complètement disparu sous la terre.

Il y avait 4 personnes dans la maison. On les suppose mortes. On vit aussitôt de la fumée s’échapper de plusieurs maisons qui ont été démolies par l’avalanche et qui ont pris feu. Plusieurs centaines d’animaux ont péri. On en voit flottant sur la rivière.

D’autres, passent près de la rive apparemment encore vivants, mais trop épuisés pour pouvoir l’atteindre.Le travail du chantier de Sainte-Anne est complètement interrompu. Au moins 5,000 hommes ont visité le théâtre du désastre hier.

Les dommages sont évalués à plus de $700,000.

Imaginons la scène : pendant trois heures ce soir-là, la vague de boue provoquée par le glissement de terrain s’est donc rendue vers le fleuve, détruisant tout sur son passage. La famille des Gauthier est disparue; et le lendemain, un habitant dont la maison a été démolie décède à son tour, des contre-coups du branle-bas de combat.

Quelques extraits de l’édition du 1er mai de La Patrie :

St-Albans (sic), lieu du sinistre, est située à environ 6 milles de la gare de Lachevrotière et à une distance à peu près égale de Ste-Anne de la Pérade. L’endroit où le désastre a eu lieu est à 3 milles du village de St-Albans (sic).

À cet endroit, il y a une courbe et au-dessus une chute de 150 pieds de hauteur.

(…)

L’aspect du pays est complètement changé. Le lit de la rivière est soulevé, la chute d’eau est disparue et est remplacée par un champ, enfin tout ne respire que la désolation.

Le meilleur récit est toutefois celui du 2 mai 1894:

C’est près de Saint-Basile dans Portneuf que s’est produit l’éboulement.

Comme le rivage [de la rivière Sainte-Anne] forme une côte escarpée de 150 pieds de hauteur au-dessus de la rivière, l’eau s’est mise à monter entre les deux rives, sans dévier de son cours. Lorsque l’eau eût monté de 125 pieds, dans cette profonde vallée, la terre qui faisait obstacle au cours de la rivière céda sous l’immense pression du volume liquide.

On comprend la course furibonde qu’ont pris les eaux dans leur lit. Il s’est produit alors un déchaînement indescriptible d’eau, de pierres, de quartiers de rochers, d’arbres, etc.

Aussi pas un obstacle ne pouvait résister à une telle force. La chute de 100 pieds et le moulin Gory qu’elle a recontré à une douzaine de milles plus loin ont été enfouis sous 60 pieds de terre. À cet endroit, la rivière Sainte-Anne fait une courbe. Pour suivre son cours sans dévier, la rivière devait frapper un rocher de 150 pieds de hauteur, qui forme la rive nord.

C’est cette rive que les eaux ont culbuté et emporté avec elles.

On découvre donc que la source de cet éboulement qui a frappé Saint-Alban se trouve en fait beaucoup plus en amont sur la rivière Sainte-Anne. Une deuxième dépêche est rapportée, toujours dans l’édition du 2 mai 1894 de La Patrie:

La rivière Jacquot se jette dans la rivière Sainte-Anne, près des bois francs, concession de Portneuf. C’est quelques arpents plus haut que s’est produit le premier éboulement. Vingt arpents environ de terre, faisant partie de la seigneurie de Grennough, sur la rive nord de la rivière, ont disparu dans les eaux soudainement.

Le journaliste continue son récit et souligne qu’une « émanation de gaz » est survenue au moment de l’éboulement, ce qui est difficile à comprendre – est-ce de la poussière de sable, d’un gaz de schiste libéré du sous-sol suite au grand éboulement, etc?

Tous les cultivateurs, dont les fermes se trouvent près des lieux de la catastrophe, assurent qu’ils ont ressenti de violentes secousses de tremblement de terre et de fortes émanations de gaz ou de poudre. La catastrophe qui s’est produite vers 8 heures du soir, suffoquant bêtes et gens, au point de les rendre malades.

Autre élément surprenant, le bruit de cet éboulement a parcouru plus de 30 kilomètres:

Un bruit sourd aurait été entendu jusqu’au Cap Santé.

Enfin, pour conclure sur deux notes positives, la famille Gauthier a été retrouvée saine et sauve, un demi-mille en aval du point où leur maison se trouvait:

La famille Gauthier a disparu avec sa maison, mais hier, dans le cours de l’après-midi, de courageux sauveteurs ont réussi à les sortir vivants de leur terrible position.

Concluons donc cette première note positive en en disant que la famille Gauthier a passé du 27 avril au soir jusqu’au 30 avril en après-midi coincée sous terre. Il importe de chercher la littérature pour voir si un témoignage plus loquace peut être trouvé,…. peut-être ici?

Dernière note positive, une personne qui avait été rapportée morte n’aurait finalement pas péri des contre-coups de l’évènement:

Monsieur Prospère Darveau a éprouvé beaucoup de peine à se sauver avec sa famille, pour laquelle il a accompli des actes d’héroïsme. Ce brave homme a failli périr des suites de l’énorme fatigue qu’il s’est imposée en ces circonstances.

Puis, le 4 mai, toujours dans La Patrie, on rapporte finalement ceci au sujet de la famille Gauthier:

Malgré les plus actives recherches, on n’a pas pu trouver les corps de la famille Gauthier, ensevelis sous les décombres de leur maison, renversée par les eaux déchaînées de la rivière. On est maintenant convaincu qu’ils ont été entraînés par les eaux.

Finalement, et c’est là un élément quelque peu surprenant, la navigation sur le Saint-Laurent a été fortement perturbée par le volume de décombres emportés par les eaux de la rivière Saint-Anne.

* * *

Un récit de même qu’une photo des lieux est publiée ici; je me permets de reproduire l’image ci-dessous.

Ébouli à Saint-Alban, 1894.

* * *

Finalement, une autre lecture intéressante : 14 naufragés de St-Alban et la bonne sainte Anne ou récit de la catastrophe du 27 avril 1894, avec le portrait des 14 naufragés par le R. P. Frédéric de Ghyvelde. L’ouvrage décrit ce que deux familles de survivants ont vécu, soit les Darveau et les Audy. Le récit est hallucinant: pris dans la nuit, la maison basculant dangeureusement, entourés de toute part par des torrents qu’ils entendent mais ne voient pas, les deux familles errent dans la nuit, devant fuir à deux reprises la montée des haut, en attendant l’aube. Le livre a été publié au profit des naufragés en 1894. L’ouvrage est accessible ici et est aussi disponible en réimpression sur des sites comme amazon.com ou abebooks.ca.

Tirée de cet ouvrage, la gravure ci-dessous reproduit la ferme en ruines de la famille Darveau.

Ferme de M. Darveau, après le désastre

L’autre mérite de cet ouvrage: il reproduit le texte d’un rapport produit par Mgr Laflamme sur l’éboulis. Cet texte est fort complet et vient quantifier l’événement d’un point de vue technique.

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Des îles, des rivières et des toponymes

Le père Paul Le Jeune, Jésuite de Nouvelle-France, écrit en septembre 1636 dans les Relations des Jésuites, suite à un voyage avec le Gouverneur de Montmagny :

De toutes les îles que nous vîmes là, il n’y en a que deux ou trois remarquables; le reste est petit, et à mon avis, est noyé au printemps. Voici comme les îles sont coupées: le grand fleuve S. Laurent baigne la terre d’un de nos Messieurs, du côté du sud; traversant au nord, il fait deux îles, l’une qui a peut-être une lieue et demie de long, mais elle est fort étroite; l’autre, c’est la grande île, nommé de Montréal.

La première île sans nom est l’île Saint-Hélène. Était-elle nommée à l’époque? Oui; mais le père ne connaît peut-être pas son nom. Laissons le père Le Jeune continuer sur l’île de Montréal:

Cette île paraît coupée par le milieu d’une double montagne qui semble la traverser.

Beaucoup de Montréalais n’ont pas réalisé qu’il y a effectivement 2 sommets au Mont-Royal, Westmount (de nos jours entourée par le summit circle) et le Mont-Royal lui-même, où trône la croix érigée en souvenir de celle que Maisonneuve avait lui-même installé à cet endroit. Le père Le Jeune continue en parlant de la cité autochtone d’Hochelaga, sans la nommer:

J’apprends que les Sauvages de l’Ile ont autrefois défriché et tenu une bourgade vers cette montagne, mais ils l’ont quittée, étant trop molestés de leurs ennemis; ils nomment encore ce lieu de l’île où il y avait une bourgade.

Ensuite, on parle de ce qui se trouve au nord de Montréal, soit l’actuelle ville de Laval sur l’île Jésus :

Au côté du nord de l’île de Montréal, passe la Rivière des Prairies, qui est bornée par une autre île, belle et grande, nommée l’Ile de Montmagny. Au delà de cette île est la rivière S. Jean qui touche aux terres fermes, du côté du nord; (…)

L’île de Montmagny est donc l’île Jésus et la rivière Saint-Jean, l’actuelle rivière des Mille-Îles. Et non content de décrire les lieux, le père en décrit les origines toponymique :

Je dirai, en passant, d’où sont tirés les noms de ces fleuves. La rivière S. Jean tire sa dénomination du sieur Jean Nicolet, truchement et commis au magasin des Trois-Rivières; il a souvent passé par tous ces endroits. La rivière des Prairies fut ainsi appelée pour ce qu’un certain nommé des Prairies, conduisant une barque, et venant à cet affour ou rencontre de ces trois fleuves, s’égara dans les îles qu’on y rencontre, tirant à cette rivière, qu’on nomma puis après son nom, au lie de monter dans le fleuve de S. Laurent où on l’attendait.  Pour le grand fleuve, je ne sais à quelle occasion on lui a fait porter le nom de S. Laurent, peut-être pour avoir été trouvé ce jour-là.

Effectivement, le fleuve Saint-Laurent, décrit pour la première fois par Jacques Cartier le 10 août 1534, le jour de la Saint-Laurent.

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En remontant la Bécancour…

Le 13 juillet 1792, l’arpenteur J. MacDonell est mandaté afin d’établir un relevé de la rivière  Bécancour. Il doit en outre clarifier les délimitations de deux townships situés en arrière de la seigneurie de Bécancour, soient ceux d’Aston et de Blanford. De ce voyage, MacDonell laisse deux carnets de notes et de relevés topographiques, soit quelque 130 pages de données concernant principalement la rivière Bécancour ( voir carnet 1 et carnet 2) que la BANQ a numérisés et mis en ligne.

La préparation au voyage débute par la réparation de ses instruments de mesure ( en particulier, une théodolite) et par la recherche d’un équipage pour l’accompagner. En outre, MacDonell doit s’affairer au Surveyor General’s Office situé à Québec afin de consulter la documentation existante décrivant les seigneuries du temps du Régime Français et les lignes des nouveaux cantons. Non seulement il doit consulter ces documents, mais il doit recopier les données qui lui seront utiles afin d’établir son propre parcours.

Au moment du départ de Québec, le 18 juillet 1792, on se rend compte que les bateaux sont si pourris qu’il serait imprudent de les utiliser pour faire le voyage. On trouve de meilleurs bateaux (mais guère mieux), on transfère les provisions et on part pour Bécancour le 20 juillet 1792 à 6 heures du matin par marée favorable. Cette journée-là, on ne se rend guère qu’à Cap Rouge; et encore, c’est au prix d’avoir perdu une partie des provisions par une pluie forte en dépit des précautions prises. Les jours suivants sont passés à remonter le courant sur le Saint-Laurent contre un fort vent dans des bateaux prenant l’eau…! On s’échoue partiellement sur des hauts fonds, on lutte contre le vent… Le 23, on arrête à un endroit nommé Les Écureux (un peu à l’est de Donnaconna); on prend au passage M. Allson, propriétaire du township de Blanford et puis, le 24, on atteint Petite Rivière-au-Chêne (Leclercville) ; finalement, on arrive le 25 en fin de journée à Trois-Rivières, où MacDonell doit s’affairer à faire ajuster ses instruments qu’il a testés en cours de route pour se rendre compte qu’ils étaient imprécis.  Durant cette partie du trajet, malgré de longues journées de labeur, on arrive donc à parcourir à peine 30 kilomètres par jour.

À Trois-Rivières, l’équipe est rejointe par le propriétaire du township d’Aston, le colonel Morris. Certains membres de l’équipage ne continuent pas le voyage. On arrive le 28 juillet à Bécancour après quelques errements pour trouver la bouche de la rivière. On se rend compte que les biscuits ( qui constituent l’essentiel pour subsister) sont complètement détrempés; on doit débarquer à terre, les étendre et les faire sécher! On fait parvenir 20 jours de provisions par charette à la maison la plus éloignée au sud de la seigneurie, sur le bord de la rivière Bécancour, et on se ravitaillera à cet endroit en cours de route. On veut voyager léger : moins de provision, meilleure manœuvrabilité des bateaux lorsqu’on accoste sur le rivage pour faire les mesures. Quatre nouveaux membres sont engagés (à Bécancour, semble-t-il) dans l’équipe pour remplacer ceux restés à Trois-Rivières, dont un Huron et un Abénakis. Et c’est donc le 30 juillet 1792 que les relevés sur la rivière Bécancour peuvent finalement être entrepris.

* * *

Les relevés consignés par MacDonell consistent en des mesures de distance et d’orientation, d’un point à l’autre. Pour chaque point, McDonell fait des remarques lorsque certains traits ou caractéristiques de la région sont intéressants.

Ces relevés sont ardus à interpréter pour quelqu’un qui n’est pas arpenteur; heureusement, McDonell effectue dans un second carnet des décompositions orthogonales (i.e. des projections sur les axes nord, sud, est, ouest) qu’il est plus simple d’interpréter; et c’est à partir de ces chiffres que j’ai pu, dans Autocad, retracer une partie du périple de l’arpenteur sur la rivière Bécancour.

Le tracé ci-dessous est celui des 150 premiers points relevés par McDonnel, de l’embouchure de la rivière Bécancour, jusqu’à l’île aux Ormes. On voit que ses mesures (en bleu) se conforment assez bien au tracé de la rivière retrouvé dans Google Maps (en rouge)!

Je refais le même exercice, mais avec cette fois non pas le tracé rouge vectorisé tiré de Google Maps, mais une image de la carte elle-même:

* * *

Voici trois points d’intérêt au long du cours d’eau :

Le premier, le site d’un moulin à vent… En voici une image tel qu’il existe en 2011:

L’existence d’un tel moulin me paraît assez étonnante : situé sur une hauteur, près de la rivière Bécancour… et pourquoi donc installer un moulin à vent sur les berges d’un cours d’eau qui pourrait lui-même activer un moulin? Mystère. Re-mystère sur les origines de ce moulin… des recherches s’imposeront plus tard! Entre temps, un tel bâtiment laisse supposer un établissement assez ancien sur ce site.  Voici ce qu’observe McDonell aux environs du site de ce moulin (le moulin est situé vers le point 63, ce relevé est à 72 ) :

At the offroad which leads to Joseph St-Louis commonly called L’Almand, follow said road past l’Almand door (…)

Un lien entre ce Joseph Saint-Louis et le moulin? Qui sait… Encore plus intéressant, au point 70, une note laconique qui me surprend :

Cross a bridge

Un pont ( vraisemblablement de bois) à un endroit tout près du moulin… un petit hameau qui se développe donc là? Possiblement… à explorer dans les archives. Il y aura quelque chose d’intéressant à découvrir là. La présence de quelques maisons anciennes à cet endroit nous montre que cet hameau a sans doute existé.

Voici une image aérienne de ce moulin à vent datant de 1990, provenant des archives de la BANQ  ( cote : P690,S1,D90-125, cliquer sur l’image pour le lien Pistard ) :

Second point d’intérêt : la jonction de la rivière Blanche et de la rivière Bécancour. Un site très pittoresque…! À voir absolument lorsque vous vous promenez sur le chemin du Danube. La rivière a taillé son passage dans une très jolie formation rocheuse rouge.

Voici ce qu’en dit McDonell en 1792, un peu laconique devant un paysage pourtant assez joli :

Point that advanced upon the bed of the river & exactly opposite of the mouth of the River Blanche.

Et troisième point d’intérêt, l’île aux Ormes (image tirée du CPTAQ) :

Source : CPTAQ ( orthophotographie )

MacDonell est beaucoup plus enthousiaste au sujet de cette île sans nom (à l’époque) au point de relevé 138:

Opposite of the North end of a very pretty small Island with a few trees in the middle of it.

Il relève aussi des plages de sable blanc tout autour de cette île, de même que de nombreuses essence d’arbre : érable, noyer, hêtre et bouleau. Cette île aux ormes m’intrigue… un (autre) objet de recherche intéressant.

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Saint-Nil : une grande disparue

Je me suis beaucoup intéressé à Saint-Nil l’été dernier, et mon intérêt est lié au superbe travail de recherche qu’a réalisé Gaétan Bernier sur son site web. Lui-même natif de cette paroisse, les deux ouvrages qu’il a écrits sur le sujet ( disponibles sur demande en visitant son site web ) valent leur prix: les témoignages des anciens résidants sont particulièrement touchants. La plupart de l’information citée ici provient de ces deux ouvrages. Un ensemble de DVDs a également été publié; les quelques images d’époque montrées ici proviennent de ces DVDs, mais il y en a plusieurs autres très intéressantes qui n’ont pas trouvé de place ici. (La légende des images apparaît lorsque vous placer le curseur au-dessus des images.)

Mais quelle est donc l’histoire de Saint-Nil?

Durant la crise des années 1930, le ministère de la colonisation sous le gouvernement Taschereau a ouvert des terres afin que les chômeurs des villes puissent aller s’établir en campagne et, de la sorte, mieux assurer leur subsistance ( par l’agriculture et par l’élevage) qu’ils ne pourraient le faire en milieu urbain.

C’est ainsi que de nombreuses régions, en Gaspésie ou ailleurs, ont alors été ouvertes et peuplées de colons courageux. Saint-Nil, située loin dans les terres derrière Matane, est l’une de ces villes ouvertes à cette époque. En 1934, les premiers colons s’y établissent. Les chemins sont pratiquement inexistants, le relief est accidenté : les colons partent s’établir à pied, en portant sur leur dos (ou sur des brancards) leurs effets, sur un sentier tracé par les arpenteurs gouvernementaux qui ont délimité les lots…! Souvent, l’homme part en éclaireur et il établit une maison avant que le reste de la famille ne suive un ou deux ans après.

Une vie pleine de promesses, mais âpre : ces terres doivent être défrichées, péniblement. Les maisons sont petites, carrées et construites simplement, lors de corvées collectives. Un moulin actionné par un moteur d’automobile sert à préparer le bois requis pour les constructions. Plusieurs moulins sont érigés, au fil du temps. Mais ce ne sont pas toutes les terres qui sont fertiles… et les colons issus du milieu urbain n’ont pas toutes les connaissances requises pour bien exploiter leur terre.

Néanmoins, le gouvernement continue d’étendre les lots ouverts à l’établissement. En 1947, une seconde église est construite, plus grande que la première; des nouveaux rangs sont ouverts et vers 1955, près de 1050 personnes habitent à Saint-Nil. Des écoles de rangs ont été construites; il existe même un transport en commun ( « la ligne ») pour ceux qui n’ont pas de voiture ( transport fait en autobus l’été et en autoneige durant l’hiver! ).

Si quelques terres ouvertes sont favorables à l’agriculture et l’élevage, plusieurs des colons dont les terres sont peu propices à l’agriculture abandonnent leur terre, ou se tournent vers l’exploitation des ressource forestières de leurs lots… Certains quittent lorsque le bois sur leurs lots est épuisé. Les forêts environnantes, exploitées par la Price Brothers, ont quant à elles été coupées sans plan de reboisement et peuvent par conséquent offrir peu de travail à la communauté. Et en 1956, la Price Brothers cesse l’exploitation dans la région, enlevant des possibilités d’emploi aux habitants du village.

Vers le milieu des années soixantes, le BAEQ (Bureau de l’Aménagement de l’Est du Québec) commence à penser à « fermer » certaines des paroisses récemment ouvertes: les terres sont jugées peu fertiles et incompatibles à l’agriculture industrielle, la dispersion de la population coûte cher à l’état. La marginalité de ces nouvelles colonies ne cadrent plus avec une nouvelle orientation  gouvernementale. L’excellent ouvrage Un pays de distance et de dispersion de Clermont Dugas fait le tour de la question. Saint-Nil est l’un des villages cités par le BAEQ comme candidat à la fermeture. Mais les habitants sont attachés à leur coin de pays et ils ne veulent pas quitter.

Mais le peu d’ouvrage fourni par la région et l’incertitude grandissante face à l’avenir de la paroisse pousse plusieurs à quitter, et progressivement, la paroisse se vide; ce qui n’améliore pas le sort de la paroisse…! Le maire veut vider les rangs mais constituer un noyau solide autour de l’église, noyau qui se limitait à cette époque à une dizaine de maison comme on le voit sur l’image ci-dessus. En contrant l’étalement des habitants dans les rangs, le maire pense pouvoir renverser la vapeur.

Mais rien n’y fait. Le gouvernement laisse les habitants du village décider de leur sort, tout en maintenant l’incertitude quant à l’avenir du village et en abolissant les services d’un autre côté. L’étau se resserre, des votes sont pris, les habitants optent pour la fermeture du village.

Le gouvernement a fait des offres monétaires dérisoires pour racheter les maisons. Certains propriétaires quittent mais déménagent leurs maisons. Ceux dont la maison est rachetée par le gouvernement doivent tout démolir avant de quitter. Le presbytère est déménagé, et le clocher de l’église est abattu (sans doute pour en retirer la cloche); et lorsque l’église est sur le point d’être démolie, en 1975, elle est victime d’un incendie suspect. Le gouvernement promet un bel avenir dans des HLM, sur le bien-être social à ceux qui acceptent les offres…

Le 1er octobre 1974, la paroisse est officiellement fermée. Ceux qui restent à Saint-Nil durant ces dernières années sont complètement isolés, au fond de chemins peu entretenus et ayant des voisins à plusieurs milles de distance.

Une résistance s’est organisée en la forme d’Opération dignité: certains villages échappent à cette déplanification sauvage, mais pas Saint-Nil…

Aujourd’hui, il ne reste que quelques maisons transformées en chalet; il reste le cimetière qui est toujours entretenu; et bien entendu, subsistent les rangs qui avaient été ouverts à l’époque. Il n’y a plus d’église, et les terres si durement défrichées qui sont peu à peu regagnées par la forêt.

En bref, un beau gâchis gouvernemental…!

Ci-dessous, quelques photos de Saint-Nil que j’ai prises à l’été 2011. On note le paysage très montagneux de ces terres.

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Eau Minérale Naturelle Saint-Léon Co.

Pour qui s’est déjà déplacé à Saint-Léon-le-Grand (au nord de Louiseville), il garde  le souvenir d’un paysage agricole tranquille, sans surprise, marqué par la rivière du Loup:
Saint-Léon-le-Grand, Québec

Un peu par hasard, je suis tombé sur cette page web qui montre plusieurs photos historiques de Saint-Léon-le-Grand, et j’ai été frappé d’apprendre l’existence du St-Leon Springs Hotel, un immense hôtel construit sur les berges de la rivière du Loup au 19e siècle. L’immense construction était un lieu de villégiature, un genre de sanatorium où, paraît-il,  de l’eau de source était embouteillée… Quelques photos tirées de ce site web:

Frappant! Un lieu pour faire le plein d’eau de source, pour guérir des maux de santé…

Poursuivant mes recherches, je tombe alors en arrêt sur un second site web qui, lui, fait le tour d’une série de bouteilles d’eau minérale de St-Léon issue de la collection de Steve Lussier… Photos tirées de ce site web, également:

À quel endroit était situé cet hôtel, quelle était cette compagnie dont je n’avais jamais entendu parlé? La question me tracasse…! Prenant la direction (virtuelle) de Saint-Léon-le-grand, je trouve grâce à Google Maps un petit chemin nommé Route de la Saline : un lieu situé sur la rive est de la rivière du Loup. Son nom me laisse croire que la source de Saint-Léon était situé là. L’étape suivante est de confirmer par un examen rapide des titres de propriété si les terrains situés en bordure de cette route ont un lien ou non avec l’hôtel ou la compagnie d’embouteillage …

Je trouve plusieurs références à l’eau minérale dans l’index aux immeubles. Le lot 59 a été possession de The St-Leon Mineral Water Co. entre 1893 et 1905. En consultant les actes notariés cités dans l’index, on comprend que la compagnie The St-Leon Mineral Water Co. avait acheté le terrain d’un compagnie nommée The St-Leon Spring Company. Ces actes antérieurs à 1885 ne se trouvent pas sur le site du registre foncier… The St-Leon Mineral Water Co. possédait un siègle social à Toronto, présidée par James Good et était représentée à Montréal par Albert W. Atwater. Des bureaux de cette compagnie se trouvaient à Montréal ( au 54 square Victoria)  et Trois-Rivières. À Toronto, cette compagnie était située sur la rue King West. On ventait en ces mots l’eau de Saint-Léon :

St. Leon mineral water, a perfect regulator, and effective medicine, a fascinating beverage … sold by all druggists, and hotels, or St. Leon Mineral Water Co’y Ltd. … branch, Bond’s Drug Store, Cor. Yonge and College …

On vendait l’eau 25 sous par gallon, selon cette publicité bien dans le ton de l’époque, tirée du Quebec Daily Telegraph du 9 novembre 1885:

Si le témoignage nous dit que cette personne prenait de l’eau depuis 10 ans en 1885, on pourrait en déduire que cette eau minérale était vendue depuis 1875, au moins… Cependant, une autre publicité, celle-ci du 3 septembre 1910 dans The Gazette, montre que la compagnie remontait à 1881 en fait :

Les vertus prêtées à l’eau sont les plus diverses… comme on conclu que la fièvre tiphoïde est issue de l’eau de piètre qualité, l’eau St-Léon, quant à elle, guérit la fièvre tiphoïde, comme le dit The Quebec Daily Mercury le 5 octobre 1901 :

Finalement, on alla même plus loin, en évaporant l’eau de Saint-Léon pour en extraire les sels (forme plus commode pour les voyageurs qui peuvent ainsi les transporter). Voir l,extrait du Canadian journal of medicine and surgery, Volume 24, publié en 1908:

St. Leon Sante Salts are produced by evaporating the natural St. Leon Sante Water. (…)

Pour ce qui est de l’hôtel situé à Saint-Léon… Le 1er juin 1889, il a ouvert ses portes, selon cette publicité du Quebec Daily Telegraph, soit 8 ans après le début de l’exploitation des sources salines par The St-Leon Mineral Water Co.

Une époque faste pour l’hôtel… au départ, il a été dirigé par un certain James K. Gilman, originaire de Stanstead. En 1907, l’hôtel n’était plus si populaire, déjà, son zénith étant derrière lui:

Plus tard, les terrains ont été la possession de la compagnie Eau Minérale St-Léon, propriété de Charles Gauthier, un épicier licencié demeurant à Saint-Léon-le-Grand. Une seconde compagnie nommée Saline Incorporée pilotée par un certain Paul-Émile Côté de Québec en a aussi été propriétaire, plus brièvement. Des actes de 1945 et 1946 décrivent les différents terrains, constitués des lots 59 et 61 et de parcelles situées de par et d’autre du chemin privé La Saline.

Au décès de Charles Gauthier, en 1961, le terrain est cédé et une compagnie nommée  Eau Minérale Naturelle, St-Léon en poursuit l’exploitation ( sans toutefois en être propriétaire). La suite n’est pas très claire… En quelle année cette compagnie a cessé d’exploiter la source? Question sans réponse…

En somme… ce site a été très longtemps exploité pour ses sources d’eau. Que sont-elles devenues, ces sources, aujourd’hui? Mériteraient-elles d’être exploitées encore? Ce patrimoine oublié est d’une grande richesse…

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Témiscamingue : la terre promise et les déménagements de maisons

Au Témiscamingue, les premiers colons s’installent au bout du monde dès la fin du 19e siècle. La voie navigable est la seule option, dans ces premières années. De nombreux portages rendaient le voyage difficile. Cette difficulté est très bien rendue par l’ouvrage d’Arthur Buies, L’Outaouais supérieur, publié en 1889, qui décrit un de ces portages:

« On soufflait, on suait, on pliait sous le fai x par des sentiers tortueux, rocailleux, hérissés d’obstacles, quelquefois entièrement bouchés par la chute récente d’un tronc d’arbre (…) qu’on n’avait d’autres alternative que de se frayer un chemin, soit dans la vase détrempée de la rive, soit en escaladant les rochers les uns après les autres, en s’aidant de son mieux des obstacles mêmes de la route.

On appelait cette aimable opération remonter les rapides à la cordelle. L’un portait au bout de sa lanière de cuir une boîte de thé surmontée de divers menus objets, l’autre un sac de farine, celui-ci un baril de lard, celui-là un poêle ou d’autres articles de ménage, les femmes, car il y en avait aussi quelquefois, portaient ce qu’elles pouvaient; et enfin, deux ou trois hommes tenant le bout d’un câble solidement attaché à l’embarcation, la remontaient ainsi dans le rapide le long des bords, dans l’eau jusqu’aux genoux, sur des lits de cailloux sur les escarpements ou les pentes glissantes des rochers, à travers les taillis et les broussailles emmêlées et tout le temps occupés, par dessus toute chose, à empêcher le choc des billots que le rapide emportait avec lui dans sa course irrésistible. »

Dès les années 1880, la situation s’améliore : le train du Canadien Pacifique se rend à Mattawa; il faut remonter jusqu’au Témiscamingue en bateau à vapeur, fini les portages. Puis, le réseau ferroviaire s’étend vers le nord… À un point tel que dans les années 1920, plusieurs villages sont reliés au sud de la province par le train.

Au bout de ce chemin, qu’est-ce que le colon retrouve? Un terrain fertile, selon ce qu’en dit les brochures gouvernementales qui vantent les mérites d’une terre très propice à l’agriculture, spécifiant même qu’on peut y planter des pommiers… Des pommiers au Témiscamingue, vraiment? C’est ce que dit C. C. Farr dans Lake Temiscamingue District, province of Ontario, Canada, publié en 1893.

La réalité est tout autre. Elle est bien décrite dans le livre de James Wood, Places of last Resort: les terres sont souvent pauvres, et d’un rendement inégal: si un rang est le moindrement prospère, le rang voisin peut quant à lui se trouver en terrain peu fertile. Parfois, les terres sont vallonées et cela rend la culture difficile : on peut labourer en descendant la pente, mais pas en remontant…

Ainsi, arrivé au Témiscamingue, se trouvant sur des terres au rendement agricole incertain, le colon s’installe. Maison, étable, hangars sont construits et la terre est peu à peu défrichée. C’est une opération pénible et dans les premiers temps, on laboure entre les souches… On recommande aux colons de n’avoir que le strict minimum en termes de bêtes, que l’essentiel de leur effort ne doit pas être de s’occuper de ces bêtes mais de défricher et d’agrandir la zone cultivable. Mais après quelques années de dur labeur, parfois, la terre si durement défrichée s’épuise et ne produit plus beaucoup; et alors que la famille grandit, le bois si vital à la vie dans un pays glacial se fait plus en plus rare, on doit aller le chercher de plus en plus loin.

Que faire alors? Se rapprocher du village ou se trouver une autre terre dans la région;
mais les bâtiments presque neufs, seront-ils sacrifiés? Parfois, les terres sont abandonnées, les bâtiments avec…  Mais si un déménageur offre ses services, l’étable, la maison et les dépendances seront déplacées vers une autre terre, sur laquelle leur propriétaire s’installe. Ou vendues à un voisin à qui la fortune sourit et qui les déménage sur sa terre. Ci-dessous, voir un exemple de maison déménagée, celle-ci dans la région de Victoriaville ( BANQ,  E6,S7,SS1,D43124 À 43135 )  :

Mais tous n’ont pas la chance d’avoir à leur disposition un véhicule motorisé, comme ci-dessous. Comment procèdait-on avant le moteur à explosion, avant le moteur à vapeur? Selon le témoignage de mon père, dans la petite municipalité de Béarn au Témiscamingue, mon grand-père, Rosaire Douaire procède à ce genre de déménagement seul en utilisant un arrache-souche: ce type d’appareil est un genre de pieu vertical ayant une branche latérale qui sert à atteler un ou deux chevaux. Une image vaut mille mots, voici un exemple d’arrache-souche ( source : BANQ, E6,S7,SS1,P2319 ) :

Pour déménager une maison, on commence par soulever la maison à l’aide de vérins à vis: on tourne le vérin et lentement, la maison s’élève. La force à exercer est considérable. Une fois la maison levée, s’il y a un solage de pierres, on enlève celles-ci, puis on glisse des patins de bois sous la maison. Parfois, la grange glisse sur deux lisses de tremble et sous les lisses de tremble, on insère des rondins qui permettent de mieux glisser : ça ne roule pas vraiment sur les rondins, mais ça glisse mieux.

Si c’est une étable que l’on déménage, la solidité du bâtiment n’est pas comparable à celle d’une maison qui possède des cloisons intérieures; pour une étable, il faut aller chercher de longs et fins arbres dans le bois et l’on cloue ceux-ci en diagonale contre les murs intérieurs afin de solidifier le bâtiment. . .

Ensuite, on plante le pieu de l’arrache-souche dans le sol dans un trou creusé à la tarrière, à environ 80-100 pieds de la maison. Une portion de 4 pieds du pieu dépasse du sol. Un câble d’acier est fixé du pieu à la maison, très bas autour du pieu. Le câble est fixé par un noeud autour du pieux; il passe par une poulie fixée sur la maison par un autre noeud, puis revient s’enrouler autour du pieux.

Les chevaux sont attelés au bras de force qui fait environ 8 pieds de long et à mesure que les chevaux tournent autour du pieu, le câble s’enroule et la tension monte. À chaque rotation de l’arrache-souche, les chevaux enjambent le câble qui se trouve à 6 ou 8 pouces du sol.

Au premier tour complet du pieu, la maison ne bouge pas; la tension s’accumule dans le câble. Puis, lentement, elle avance. Lorsque les chevaux tirent, le câble n’est pas toujours tendu, il y a des « lousses » qui se crééent périodiquement, alors que le bâtiment continue sur son élan…c’est dire de la force générée par l’arrache-souche! Quand la maison approche du pieu, on arrête le manège, on retire le pieu du sol puis on le re-plante quelque 100 pieds plus loin en creusant à la tarrière. Et ainsi de suite… jusqu’à ce que destination s’ensuive!

Le pieu vertical autour duquel s’enroule le câble d’acier s’use rapidement. On utilise parfois une enveloppe d’acier que l’on glisse sur le pieu et cela protège le bois du pieu. Parfois aussi, le bras d’attelage est en acier.

Une autre variante :   le câble est fixé non pas au pieux, mais à un second pieux situé à mi-chemin entre le premier pieu et le bâtiment à déménager. La force de l’essoucheuse est fabuleuse: une anecdote le révèle. Une maison à déménager se trouve posée sur des billes de bois; signe du progrès, avec un bulldozer, mon grand-père essaie de tirer celle-ci, mais les patins de bois s’enfoncent et se calent dans la terre. La solution? On retourne avec l’essoucheuse: les deux chevaux tirent avec succès la maison hors de son bourbier et elle suit son chemin… Et un cheval seul peut déplacer sinon une maison, du moins une grange.

Une modernisation, donc: un déménagement de maison au bullzoder (voir image ci-dessus, source – ANQ : cote E6, S7, P13923, tirée de L’Abitibi-Témiscamingue, terre de bâtisseurs par P.Trépanier et R. Dubé, Éditions GID, 2005). Parfois, la maison est tirée un peu comme cela était fait avec l’essoucheuse, sur des patins fait de rondins de bois, comme ci-dessus. D’autre fois, la maison est levée très haute, déposée sur des blocs, et un le camion ( la float) qui a servi à transporter le builldozer est positionnée sous la maison. La maison est descendue sur la float, puis la remorque s’élance, précédée par le bulldozer qui abat les arbres de part et d’autre de l’étroit chemin afin de faire place à la maison. Dans une grande pente, le bulldozer doit aller se placer derrère la maison afin de l’empêcher de reculer: le bulldozer se colle derrière la maison et retient doucement la maison à mesure que le camion monte la pente. Arrivé dans un champ, les curieux qui suivent pour voir si Douaire va réussir voient que les clôture des champs nuisent au passage de la maison — elles sont tirées du sol par les curieux puis replacées par eux ensuite. La maison fait ainsi 1.5 miles en 1 heure… et se rend à destination au village de Béarn, au Témiscamingue!

Plus tard, avec le progrès, le déménagment des maisons à l’aide d’arrache-souche est relégué au folklore… mais le progrès amène ses complications: si le bullbozer est efficace, les nombreux fils électriques qui envahissent les campagnes sous l’électrification rurale doivent être débrochés pour laisser passer les maisons….

Je me demande si ce genre de déménagement à l’essoucheuse était répandu dans nos campagnes, ou si la méthode utilisée par mon grand-père était plutôt rare…

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Le moulin Desmarais / Lafrance et Guévin, La Visitation-de-Yamaska (Québec)

Une visite près du joli village de La Visitation-de-Yamaska a piqué récemment ma curiosité… en roulant sur le rang Saint-Pierre, le long de la branche sud-ouest de la rivière Nicolet, j’ai aperçu ce qui paraissait être les vestiges d’un barrage ou de la chaussée d’un moulin… cela dépassait à peine des eaux tumultueuses de la rivière Nicolet (branche sud-ouest). Voir ci-dessous:

Que ces vestiges soient ceux de la chaussée d’un moulin était l’hypothèse la plus plausible à mes yeux, à cause des orifices sur la partie de ciment. Mais comment retracer l’existence de ce moulin?

Le point de départ de mes recherches a été de me tourner vers un ouvrage gouvernemental intitulé « Répertoire des moulins à eau du Québec » publié sous la direction de Pierre Lahoud en 1978. À la page 36, on y parle de l’existence du moulin Desmarais situé sur le rang Saint-Pierre, à La Visitation-de-Yamaska.

Il y a un citoyen du web qui a d’ailleurs mis sur wikipedia tout le contenu de l’ouvrage :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Liste_des_moulins_%C3%A0_eau_du_Qu%C3%A9bec

Selon cet ouvrage, vers 1975-1978, le moulin est encore debout, mais on n’y fait plus de farine, on ne fait qu’y couper du bois. La photo publiée dans cet ouvrage est malheureusement inutile, on y voit à peu près rien. Cependant, la localisation sur le rang Saint-Pierre est un rapprochement très intéressant avec les vestiges de l’image ci-dessus.

Par la suite, j’ai consulté l’ouvrage de Jacques Duhaime, « Les Visitandins 1898-1998 », publié en 1998 et qui est plus bavard sur ce moulin et sur la rivière Nicolet de l’époque… Tout d’abord, il existait trois moulins à eau sur cette partie de la rivière Nicolet dans les environs de La Visitation-de-Yamaska. Du Nord au Sud :  premièrement, le moulin Côté, tout près de l’actuel village, et qui y a existé entre 1769 et 1906; deuxièmement, le moulin Desmarais (surtout connu sous le nom du moulin Lafrance et Guévin, du nom des propriétaires originaux ) érigé en 1892 à  un endroit nommé les « écarts rouges »; troisièmement , plus au sud, le « moulin qui chante » érigé en 1846, dans un lieu nommé « Châtillon » ou Hartville. Le moulin qui chante, voilà qui méritera une éventuelle recherche… mais focus!

Car il y a mieux encore: cet ouvrage montre le moulin Desmarais / Lafrance et Guévin sur une photo ancienne issue des archives du Séminaire de Nicolet ( F085/P4391 ) et dont j’ai obtenu copie :

On y voit donc des installations considérables : un petit pont de bois, plusieurs bâtiments. Toujours selon  Jacques Duhaime, « Les Visitandins 1898-1998 », le petit pont de bois s’est écroulé en 1911 et n’a jamais été reconstruit (p.189), ce qui laisse croire que cette photo date de 1910 ou avant. À l’époque, on y faisait farine et on y sciait du bois.

Par ailleurs, la photo du moulin ci-dessus est éloquente : l’activité forestière était intense sur les terres voisines de la rivière, on y pratiquait la drave comme en font preuve les nombreux billots de bois échoués sur la plage ci-dessus. Cette déforestation a profondément changé le paysage : l’eau qui affluait doucement à la rivière via des berges boisées s’est mise à s’y rendre plus directement, rendant la rivière plus tumultueuse après les grandes pluies ou au printemps. La rivière a ainsi commencé à gruger les terrains voisins, elle s’est élargi, des glissements de terrain se sont produits, les inondations sont plus fréquentes. Voir les deux documents ci-dessous, montrant un des bâtiments du moulin Desmarais en position précaire, au printemps 1927 (BANQ, E57,S44,SS1,PA16-39 et  E57,S44,SS1,PA16-40 ):

L’érosion et les glissements de terrains qui sont survenus sur les rivières Nicolet pourraient faire l’objet d’un article complet…

Cependant, si on revient à ce qui nous touche ici, est-ce que le moulin Lafrance-Guévin remontant à 1892 est vraiment le premier érigé ce site? En  identifiant le lot sur lequel le vestige de la chaussée se trouvent sont au lot 542 du cadastre de la paroisse de Sainte-Monique (je l’ai fait via le site géomatique de la CPTAQ ), on peut en tirer ces quelques infos — que le moulin a été vendu le 19 avril 1909 par Théodule Lafrance et J.M.C. Guévin à Dorila Desmarais. De là les deux noms rattachés à ce moulin.

Cependant, là où cela devient intéressant, c’est lorsqu’on consulte les actes notariés antérieurs à Lafrance et Guévin…:

Dès le 16 septembre 1871, dans l’acte notarié 12053 du notaire Blondin (registre B, circonscription foncière de Nicolet – Nicolet 2 ), on note la vente d’un moulin déjà construit sur ce site :

Transcription:

 » (…) un moulin à farine situé dans la dite paroisse de Sainte-Monique, sur la branche sud-ouest de la rivière Nicolet, entre la dite paroisse de Sainte-Monique et celle de Saint-Zéphirin de Courval, connu sous le nom de `Mill Bank` (…) sur l’île à la Fourche (…)  »

Ce moulin à farine côtoie un moulin à scie appartenant à un certain Emmanuel Beauchemin, l’acte notarié spécifiant que ce dernier ne doit pas gêner l’utilisation du pont et du chemin en montant ses billots. Il existe donc un pont, en 1871, au-dessus de la rivière Nicolet. Finalement, une clause spécifie que le nouveau propriétaire du moulin à farine « peut se servir de l’eau en tout temps, mais lorsque l’eau sera basse, ou manquera en été, ne pouvant devant le gros faire opérer ou faire marcher qu’une paire de moulanges avec le sinott (?) »

Le site était donc exploité… probablement à l’époque seigneuriale… Il faudra donc continuer les recherches, sur la trace de ce Mill Bank.

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